Être mère sans accoucher (un article où l’on parle aussi de dépression…)

Samuel est né par césarienne. Elle était programmée à l’avance. Il se présentait par le siège, j’ai eu la trouille.

Quand j’ai su que je n’allais pas accoucher, j’ai pleuré beaucoup. Je n’ai pas été suivie psychologiquement. Rien ne m’accompagnait pour faire le deuil de cet accouchement.

Certes, je ne perdais pas mon bébé, il était en bonne santé et je ne prenais aucun risque… Mais j’allais faire partie de ses femmes qui n’accouchent pas et qu’on n’accompagne pas, comme si avoir un enfant sans accoucher, c’était simple. Comme si pendant ces quelques mois, on n’avait pas fantasmé sur notre accouchement. Comme si rien n’allait nous manquer dans notre vie de mère…

Mais le pire, c’est que rien ne me préparait à la suite non plus.

Après l’avoir vu un quart de seconde au bloc, il est parti pendant deux heures en couveuse. Je suis partie pendant deux heures en salle de réveil. Pas de première tétée, pas de peau à peau, pas de contact, rien. Arrivée dans ma chambre, il y avait ce bébé, là, dans son petit lit et on me disait que c’était le mien.

J’ai mis trois jours avant de me dire que j’avais bien « accouché » et que ce bébé, là, c’était le mien. Pendant mon séjour à la maternité, je le gardais le plus possible contre moi, je l’allaitais (avec difficulté et biberons de complément, tout un combat…), mais je ne dormais la nuit que s’il était à la pouponnière.

La césarienne rend difficile le moindre mouvement, j’étais obligée d’appeler quelqu’un à chaque fois que je devais le sortir du berceau et je n’étais pas capable de faire la plupart des soins. C’est son père qui s’en occupait.

En rentrant à la maison, je ne me pensais pas capable de m’occuper de Samuel.  Le premier mois s’est à peu près bien passé, puis après, avec la fatigue, ce sentiment d’incapacité s’est renforcé. L’angoisse.

J’avais l’impression de le nourrir pendant des heures, ça me rendait dingue et je détestais ça, alors je chantais le plus possible, pour lui, pour moi. Tous les jours, je le mettais en écharpe de portage et j’allais marcher une heure ou deux, il dormait confortablement et je pouvais appeler ma petite sœur, ma grande sœur, mes copines, ma mère, ma belle-sœur et leur faire part de mes angoisses.

Quand il a eu trois mois, je l’ai complètement sevré. J’étais contente de ne plus l’allaiter, heureuse de retourner bosser, soulagée de le confier à une nounou. C’était une vraie bouffée d’oxygène. Tout s’est bien mieux passé ensuite. J’étais heureuse de le retrouver le soir, de le câliner, de passer du temps avec lui. Le lien était fait.

Jusqu’à la naissance d’Eulalie, je n’ai jamais évoqué la possibilité d’une dépression post-partum.

Maintenant je sais, et je dois gérer la culpabilité de ne pas avoir été capable d’offrir les mêmes trois premiers mois à mes deux enfants. Je dois accepter que chaque histoire avec chaque enfant est différente et que l’on donne le meilleur de soi-même. Ce qui m’aide le plus à avancer, c’est encore d’en parler.

Pour aller plus loin :

Association d’aide pour les femmes qui ont eu une césarienne

http://www.cesarine.org/

Pour la dépression post-partum, il existe de nombreux articles, mais ne pas hésiter à aller demander de l’aide en PMI.

7 réflexions au sujet de « Être mère sans accoucher (un article où l’on parle aussi de dépression…) »

  1. Ton article me touche… Je ne savais pas tout, je ne pensais pas à tout ça… Je pensais que cet accouchement par césarienne te rassurait, à cette période où l’accouchement te faisait complètement flipper… Le fait de connaître le jour, l’heure et le déroulement te permettait d’être détendu pour l’arrivé de ce premier enfant… La difficulté de lien avec le premier enfant, je l’ai eu avec Zoé, malgré l’accouchement par voie basse, le peau à peau et l’allaitement mais je ne culpabilise pas car je pense que rien n’est figé avec un enfant… Qu’un lien tardif n’est pas significatif d’un mauvais lien à vie… Que tout se rattrape une fois qu’on en a conscience. Paul est né suite à un déclenchement, il n’était pas prêt à naître et je revoie cette sage femme qui appuie sur mon ventre pour le faire descendre… Il n’était pas prêt et il m’est arrivée de me poser la question sur certain de ces comportements « et si je n’avais pas laissé faire l’équipe médicale…peut être que… », peut être qu’on serait mort, l’un ou l’autre … Et on est en vie et en bonne santé… Et c’est ce que j’en retiens, tous les jours… Je me dis que si tu n’avais pas eu de césarienne programmé, tu aurais sûrement eu des complications encore moins évidentes gérer et que ce lien avec Samuel se renforce tous les jours avec toi ces côtés … Ne culpabilise pas, jamais… Tu as deux merveilleux enfants qui ne souhaitent QUE toi pour maman au plus profond de leur coeur… (Un accouchement par césarienne n’a rien d’évident mais tu ne l’as pas choisi pour ton confort personnel)… Continues à raconter encore et toujours tes souffrances et tes bonheurs, j’aime les lire! Je t’aime ma sœur d’amour!!

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    1. Merci ma poulette. Je ne regrette pas l’acte médical, je pense qu’il était nécessaire. Je regrette le manque d’accompagnement psychologique qui peut-être m’aurait permis de mieux vivre la difficulté d’attachement… et c’est vrai qu’il n’y a plus de problème de lien depuis longtemps mais je ne peux pas m’empêcher de penser dans quelle mesure cette histoire un peu difficile influence mes réactions avec lui et avec Eulalie. Et quelles séquelles ça peut lui laisser… On a tous envie de vivre certaines choses autrement mais je pense parfois qu’un meilleur accompagnement psychologique des mamans qui n’ont pas bien vécu leur accouchement pourrait être bénéfique… (et je t’aime aussi ♡♡♡)

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  2. Déjà, il y a l’hôpital. Je ne crois pas qu’ils considèrent qu’on n’a pas à se sentir mal, à être malheureux. Je ne crois pas qu’ils reprochent aux gens de déprimer. Je pense juste qu’ils sont tellement appliqués à soigner le corps qu’ils oublient parfois que l’esprit peut aller mal, même une fois le corps guéri.

    Et puis devenir parent, ça ne vient malheureusement pas avec le manuel, on s’en est tous rendus compte. Sur le tas, à la dure.
    C’est comme vieillir, ça ne transforme pas en adulte responsable, ça se saurait, sinon.
    Donc faut qu’on accepte de risquer de faire des erreurs, ne pas être paralysé par l’angoisse de rater.
    Et faut accepter de les avoir faites pour pouvoir y remédier, pouvoir en parler avec l’enfant après, ne pas culpabiliser de s’être trompé…
    Tiens, j’ai passé une demi-heure avec Emilien là-dessus hier soir : « Tu as le droit de te tromper, c’est pas grave de ne pas réussir. L’important, c’est de t’appliquer. »

    Le seul truc qui me rassure, c’est que mes parents se posaient neeeeettement moins de questions et que j’ai pas trop souffert de mon enfance, enfin, pas plus que la moyenne…

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    1. Merci Benoît. On m’avait parlé du baby blues et à l’hôpital, on m’avait donné de l’euphytose (ça n’avait pas marché des masses). Je ne m’étais pas rendue compte de ma dépression avant d’avoir Eulalie en fait et ce ne sont pas tant les erreurs qui me font culpabiliser que les répercussions possibles de mon incapacité à créer du lien pendant ces tous premiers mois…

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